Réagir 18/02/2012  |  07:29
Photo © Alain Tendero

Psycho

Marcel Rufo : "A Cousolre, le maire gifleur et l'ado giflé se doivent des excuses mutuelles"

A Cousolre (Nord), le maire a été condamné (avec sursis) à 1 000 euros d'amende par le tribunal correctionnel d'Avesnes-sur-Helpe pour avoir giflé un adolescent "irrespectueux". Par définition, la gifle est toujours la preuve d'une absence de maîtrise, d'une impulsion en réponse à un discours ou à une attitude insupportable. 

Avez-vous déjà pris une gifle dans votre vie ? À cette question, les baby-boomers et les générations précédentes répondront majoritairement "oui", d'aucuns trouvant même à l'acte des vertus éducatives. C'est sans doute le cas de Maurice Boisart, maire de Cousolre (Nord), qui a "collé" une gifle à un adolescent de 16 ans qu'il jugeait insolent et menaçant. Et se retrouve accusé devant un tribunal. Il a été condamné avec sursis à 1 000 euros d'amende par le tribunal correctionnel d'Avesnes-sur-Helpe.

Ce sexagénaire a certainement agi en référence à sa propre éducation. Lors du procès, a-t-on évoqué les éventuelles gifles qu'il aurait lui-même reçues dans son enfance et son adolescence ? On se plaint souvent d'attitudes paternalistes des élus locaux, mais peut-on critiquer une attitude paternelle — celle qu'a adoptée ce maire face à un jeune administré irrespectueux ?

L'adolescent a bien sûr tort de lui avoir "manqué de respect" — une expression paradoxalement très usitée dans les milieux les plus violents. Mais l'adulte a fragilisé sa position lorsqu'il est passé à l'acte. La gifle est toujours la preuve d'une absence de maîtrise, d'une impulsion en réponse à un discours ou à une attitude insupportable. Dès qu'elle est partie, on la regrette déjà.

Essayons de nous mettre à la place du giflé de Cousorle : la joue cuisante, il se sent abaissé et avili ; ses pensées s'embrouillent. Lui qui, déjà, défiait la figure d'autorité que représente le maire, ne comprend rien aux reproches qui lui sont adressés aujourd'hui. L'idéal serait que des excuses mutuelles soient prononcées par les protagonistes : le gifleur et le giflé.

Les nouveaux parents, eux, se sentent tous coupables s'ils donnent une claque à leur enfant, et plus encore s'il s'agit d'un adolescent. Les coups ont globalement disparu des méthodes éducatives. Il n'empêche, certains jeunes insultent facilement leurs parents - les mères plutôt que les pères -, comme s'ils cherchaient à être giflés.

Ce comportement provocateur, malheureusement fréquent, trouve sa source dans la petite enfance : il n'est pas rare que la fessée administrée à un garnement rebelle vaille en retour à son auteur un regard de défi doublé d'un : "Même pas mal !" Il s'agit-là de l'opposition naturelle, phase classique du développement du jeune enfant.

Quand le goût de comprendre et d'apprendre lui vient, il ne tarde pas, dans la plupart des cas, à se montrer mieux disposé à l'égard de ses éducateurs. Grandir, c'est en quelque sorte passer de la toute-puissance mégalomaniaque infantile à la connaissance partagée.

Par conséquent, la prévention de la gifle consiste à donner aux enfants le plus de moyens de comprendre pour éviter de s'opposer... et de pousser à bout les adultes.

Après son passage à l'acte, il reste donc au maire de Cousolre à réfléchir aux structures Petite enfance les plus adaptées à la progéniture de ses administrés. En multipliant les lieux de socialisation et d'éveil à l'intelligence, il diminuera ainsi le risque d'être tenté plus tard de la gifler.

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