Depuis douze ans, Claire Fourcade, médecin, sillonne l'Aude avec une équipe mobile de soins palliatifs. Dans "1 001 vies en soins palliatifs" (éd. Bayard) elle raconte ses rencontres. Un vibrant plaidoyer contre l'euthanasie.
Pèlerin : Le candidat PS à l’élection présidentielle, François Hollande, propose de légaliser "une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité" ( proposition n°21). En tant que médecin en soins palliatifs, qu’en pensez-vous ?
Claire Fourcade : Je sais que certains candidats prônent une légalisation de l'aide à mourir, autrement dit l'euthanasie. Je n'aimerais pas que cela arrive. La fin de vie est encadrée par la loi Leonetti qui, à mon sens, est adaptée aux situations que nous vivons. Tous les soignants ne connaissent pas encore toutes les possibilités qu'offre ce texte.
Pouvez-vous nous rappeler le principe de la loi Leonetti ?
Elle permet aux patients de décider d'arrêter tous leurs traitements. Jusqu'à , parfois, interrompre l'alimentation et l'hydratation. Les équipes médicales sont obligées d'accéder à cette demande, même si elle les confronte à des questions et à des débats compliqués.
En outre, le malade peut choisir une personne de confiance qui, en cas de besoin, prendra des décisions à sa place.
Enfin, la loi laisse la possibilité d'administrer des calmants pour améliorer le confort du patient, au risque d'abréger son existence. Tout cela nous oblige à être encore plus présents pour soulager les malades. De fait, nous, soignants, nous nous appuyons en permanence sur cette loi.
Certaines personnes vous ont-elles déjà demandé de les aider à mourir ?
Une seule fois, en douze ans de soins palliatifs, j'ai accompagné un patient me le demandant de façon répétée. Je l'ai écouté, puis j'ai passé avec lui un contrat : "On se donne quinze jours pour essayer de diminuer la douleur, pour y réfléchir, et on en reparle." Je me suis mise à gamberger : "Que faire s'il veut vraiment que je l'aide ?" Il est mort sans m'en avoir reparlé et semblait apaisé d'avoir été entendu.
Une autre fois, j'ai accompagné une femme inconsciente dans une longue agonie. Elle et son mari étaient adhérents d'une association pro-euthanasie. À aucun moment, il n'a suggéré qu'on raccourcisse le temps qu'elle prenait pour mourir. C'était peut-être le temps qu'il lui fallait pour accepter de la perdre...
Comment expliquez-vous que les sondages laissent penser que les Français sont favorables à l’euthanasie ?
Les sondages simplifient la question. On a l'impression que le débat se résume à : "Préférez-vous mourir sans douleur et vite ?" - proposition des partisans de l'euthanasie - contre "Préférez-vous mourir lentement et dans des circonstances affreuses ?" - qui serait l'argument des défenseurs des soins palliatifs.
Ce débat n'est jamais le reflet de nos soucis de soignants ni du quotidien des malades. C'est une discussion de gens en bonne santé ! Les malades, eux, espèrent jusqu'à la fin.
→ A lire :
1 001 vies en soins palliatifs
, Éd. Bayard, collection Christus, 240 p. ; 16 €.
Dans ce livre rédigé au départ pour son équipe, Claire Fourcade, a voulu "garder une trace" de ses rencontres, de ces "histoires incroyables" dans lesquelles ils ont été plongés. "J'ai choisi, résume-t-elle, les plus belles pépites, et je les ai enfilées, comme des perles sur le ruban de ma mémoire."
L'interview complète de Claire Fourcade (4 pages) est à lire dans Pèlerin n°6742 du 16/02/12
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